PHARMACIE - SCIENCES
ET TECHNOLOGIES - RECHERCHE -
Comme l'indique le titre, il s'agit d'un roman. Mais on
cherchera en vain le traditionnel avertissement « Toute ressemblance avec des
personnes existantes ou ayant existé serait fortuite. » Et pour cause. La
matière du livre n'est que trop réelle : la vie et la mort du site
pharmaceutique de Romainville, des années 1960 à nos jours, racontée à travers
les récits enchevêtrés d'une poignée de personnages qui, s'ils n'existent pas
en tant que tels, sont un habile mélange de salariés bien réels et de leurs
histoires au fil de ces quarante années d'existence.
On aurait pu craindre un livre lénifiant comme un mauvais
Zola, un hommage bien-pensant à la classe ouvrière. Il n'en est rien. Parce que
c'est un vrai roman, très vite on s'attache aux personnages, on a envie de
savoir ce qui va leur arriver. Loin des stéréotypes, ils ont une vraie
épaisseur humaine. Mais ce n'est pas la seule qualité de cet ouvrage. Il
raconte aussi magistralement l'évolution d'une industrie, la pharmacie, à
travers son fleuron français, Roussel Uclaf, devenu
HMR, puis Aventis.
Enfin, c'est également l'évolution de la recherche
pharmaceutique, de la chimie vers la biologie, dans sa quête de médicaments
innovants, l'arrivée d'équipements scientifiques qui révolutionnent les
pratiques comme le microscope électronique, le travail sur les animaux de
laboratoire, le développement d'une chimiothèque...
Pour finalement en arriver à la liquidation du site : les laboratoires qui se
vident, la casse du matériel (parce que ça coûte moins cher que de le donner),
la destruction de la chimiothèque (fruit d'années de
travail de chercheurs et mémoire chimique du groupe). Au total, un gâchis
scientifique, industriel, et humain - de la destruction de valeur, comme disent
les consultants - qui ne peut manquer d'émouvoir le
lecteur.
SYLVAIN ROSSIGNOL. LA DÉCOUVERTE.